Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux

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Nous sommes le changement

Nous sommes le changement

 

Ceux qui cherchent à entreprendre un chemin spirituel sont qualifiés de « chercheurs ». Mais qu’est ce qu’un chercheur ? On peut dire qu’un chercheur est celui qui, par une résonance réelle, aspire à la « libération », à « l’Eveil », à la « Vérité », à la « Lumière » (...)

 La signature de l'éveillé - Source : Gabriel Ibanez

 

Le changement

Il y tend de tout son être. Cette aspiration n’est pas une pensée abstraite. Elle n’est pas non plus une volonté personnelle égocentrique de possession. Elle n’est pas enfin sentimentale, émotionnelle. C’est un soupir de l’être entier. Ceux en qui parle un tel désir ont tout essayé en ce monde. Ils ne demandent plus rien à ce monde qui d’ailleurs ne peut rien leur donner de ce à quoi ils aspirent : ni plaisirs éphémères, ni biens matériels, ni gloire et honneurs ne les intéressent. Ils ont percé à jour l’illusion de tout cela. Ils soupçonnent et éprouvent intérieurement la présence d’une autre réalité, d’une autre qualité de conscience, l’appel d’une autre vie, d’un autre ordre que l’ordre apparent de ce monde. Ce qui subsiste de cette autre réalité demeure enfoui dans le cœur, et trouble en permanence la conscience du chercheur. C’est dans cette disposition intérieure que le chercheur entame un « chemin spirituel » et va à la rencontre d’une dimension supérieure, vers un état de libération ou d’Eveil. Mais que signifie pour un chercheur, aspirer à devenir un véritable « Eveillé » ?

Le chercheur qui désire se dégager de toutes les complications de la vie, par une compréhension née de l’expérience, de la douleur, de la souffrance, peut découvrir en lui-même le but essentiel de sa vie. Etablir ce but en soi est d’une extrême importance. Celui qui ne « reconnaît » pas son but, erre, de mirage en mirage, d’une confusion à l’autre, d’affliction en affliction, constamment plongé dans l’incertitude et le chaos. Privé d’ancrage, telle une brindille légère et fragile ballottée au grès du moindre souffle, il est entraîné par les multiples aléas de la vie des pensées, des émotions, des désirs, des passions, des idéaux, des aspirations, des espérances …

Ainsi il se déplace de vie en vie, de sanctuaire en sanctuaire, de religion en religion, accumulant de l’expérience. C’est dans la mémoire de ce passé personnel et culturel qu’il puise ses convictions. Persuadé d’être un penseur libre, il n’est que le produit d’une certaine tradition. Et ses certitudes séculaires s’effondrent au moindre élément contrariant l’ordre artificiel qu’il s’impose (maladie, échec, deuil, conflit …). Il ne sait finalement où trouver la paix, la consolation, et se perd dans la complexité et la multiplicité des systèmes, des religions, et des croyances. Son combat instinctif pour la survie biologique s’accompagne d’une lutte psychologique incessante afin de sécuriser son moi face à l’angoisse de la mort. Il s’invente alors d’innombrables buts endiguant momentanément les flots désordonnés de sa vie intérieure. Selon les humeurs et les conditionnements propres à chacun, celui-ci s’emploiera à conquérir l’éternité, tel autre s’efforcera d’atteindre les sommets du pouvoir ou de la notoriété, celui-là encore cherchera dans la stabilité affective l’épanouissement de sa vie …

Autant d’êtres humains, autant de buts différents et … autant de désillusions. Dans sa recherche de sécurité, la conscience provoque des situations extérieures ou intérieures sensées apporter l’apaisement. Mais en s’imposant l’idée qu’elle se fait de l’équilibre et de la stabilité, elle s’éloigne définitivement du véritable équilibre, du véritable Eveil, et accentue sa séparativité, son isolement. Constatant ce fait, n’y a-t-il donc aucun espoir de voir s’exprimer l’aboutissement de l’évolution humaine dans un équilibre parfait et durable ?

La vie dans l’univers se développe en éléments et en structures de plus en plus complexes. Et de ce foisonnement luxuriant de forces, d’énergie, de molécules, et de formes divers, émerge « quelque chose » qui se distingue et se détache de cette création, « quelque chose » de singulièrement simple et d’unique. Ce quelque chose, c’est « l’individualité spirituelle ». Cette individualité n’est pas notre conscience ordinaire que nous avons communément prise pour habitude de nommer « mon moi », « mon âme », « mon esprit ». Cette individualité spirituelle est comme une nouvelle création, une nouvelle genèse qui se prépare à l’intérieure de l’homme. Elle est l’archétype d’un nouveau type humain. Elle est comme une force latente qui attend les conditions idéales pour se déployer. Il s’agit là, potentiellement, d’une nouvelle manifestation supérieure de la vie, sans commune mesure avec les projections religieuses et métaphysiques. Aucune relation n’est possible entre l’émergence de l’individualité spirituelle au sein du cosmos et les superstitions considérant l’intégration hypothétique et sécuritaire de notre conscience-moi ordinaire (ou même étendue !), dans un éventuel futur « au-delà », un « Paradis », un « Nirvana », ou un « plan astral supérieur ». La prise de conscience de la présence en soi de cette possible nouvelle genèse, la découverte que « quelque chose » en chacun de nous (mais qui n’est pas « moi ») tente de se manifester et de s’épanouir dans la perfection est une clef qui ouvre la compréhension du but essentiel et de ce que peut être réellement un état d’Eveil.

Une piste nous est ouverte pour la vision claire de ce but. La Sagesse éternelle gnostique l’évoque depuis des millénaires à travers différentes fraternités, des textes sacrés, des symboles… Le souffle de cette Sagesse est là tout autour de nous, mais nous ne le percevons plus. Le plus pur enseignement qui mène vers l’Eveil de l’individualité spirituelle est recouvert d’un épais voile d’ignorance, de superstitions, de croyances, de pratiques religieuses, mystiques, magiques, occultes … La Sagesse gnostique n’est pas figée, elle ne s’érige pas en dogme immuable définitivement fixé dans un crédo. Elle est vivante, dynamique, elle évolue, s’enrichie, se précise au fil des temps, s’adapte aux contingences et à l’évolution des consciences… Le chercheur qui encre résolument son but dans l’émergence de sa véritable individualité spirituelle se détourne des speudo-gnoses qui ne lui offrent qu’une forme de culture ésotérique fondée sur un syncrétisme ; il délaisse également l’étude comparée de différents systèmes initiatiques. Il ouvre son cœur à un système de libération impersonnel et pur, s’appuyant sur des courants de forces spirituels et sur une vision spécifique du monde qui le mènent à un véritable état d’Eveil.

Un véritable Eveillé n’est donc pas relié à des maîtres ou instructeurs occultes, qu’ils exercent leur influence directement à partir d’un corps physique, où qu’ils « insufflent » leurs enseignements et leurs méthodes comme entités lumineuses et désincarnées. Si donc le véritable Eveillé n’est pas relié aux instructions et aux techniques des pseudo-maîtres , où puise-t-il son inspiration, sa connaissance, sa force, et sa dynamique ?

La réponse, nous la trouvons dans la nature profonde de l’Eveillé lui-même : en effet, on est pas Eveillé parce qu’on a lu une quantité considérable de livres ésotériques, philosophiques et religieux, ni parce qu’on a appris à pratiquer certaines postures, on ne le devient pas parce qu’on est membre d’une société secrète ou d’un groupe particulier, ni parce qu’on a reçu directement des enseignements de tel maître. Non, on est Eveillé en vertu d’une certaine disposition du corps, de l’âme, et de l’esprit. Que l’on en soit conscient ou non, que l’on fasse preuve ou non de zèle pour tel ou tel travail spirituel, c’est notre disposition intérieure, notre propre état qui détermine le fait d’être ou ne pas être Eveillé. Et quel est cet état si particulier ? Dans la sagesse gnostique, il est dit que l’Eveillé, le re-né, le libéré, a « un cœur pur et les mains vides ».

Que signifie « avoir les mains vides » ? Il s’agit d’abandonner tout ce que le sang, la conscience ordinaire, ont accumulé et cristallisé comme conditionnement, comme tradition, comme valeurs acquises, comme convictions, comme croyances. Lorsqu’on est libre intérieurement de tout l’ancien, de tout le passé, de tous les souvenirs, de toutes les projections, de toutes les attentes, de toutes les peurs et de tous les espoirs, et qu’ainsi une autre forme de conscience (la véritable individualité spirituelle) respire et rayonne dans l’éternel présent, alors on devient véritablement un Eveillé. On devient capable d’être dans la vie réelle, intégrale.

Nous supposons que nous vivons parce que nous pensons grâce aux circonvolutions de notre cerveau, lesquelles ont été formées par le temps, sculptées dans le temps par les évènements. Notre éducation nous pousse à agir sous l’empire de nos croyances de manière exclusive ou dogmatique. C’est ainsi que nous devenons religieux, mystiques, occultistes, humanistes, rationalistes etc. Mais pour être immergé dans le courant du réel, de la Vie, pour être Eveillé, il ne suffit pas de croire en un sauveur, de suivre un maître, et de faire quelques bonnes œuvres en faisant semblant d’aimer son prochain. Car toutes nos convictions, toutes nos émotions mystiques, notre pensée elle-même, héritage du temps et du passé, ne peuvent connaître l’éternité du moment présent, car elles font partie de notre monde dualisé en « sujet/objet », « passé/avenir », « bien/mal » …

Pour comprendre quelque chose à la vie authentiquement « spirituelle », le chercheur doit être en mesure d’être véritablement lui-même, sans intervention de sa propre histoire et de son scénario de vie. Ce n’est pas de l’amnésie, ce n’est pas régresser à l’état de « légume », sans conscience : c’est « avoir les mains vides », c’est être ouvert au Tout Autre, au « Royaume qui n’est pas de ce monde » des chrétiens, à la Vie divine des Védantistes, à Tao , dans une plénitude du cœur et de la véritable conscience (qui n’est pas « conscience de moi » ou « conscience de soi »). Ainsi chez un Eveillé, les processus de création et d’assimilation ne laissent aucun résidu. Il vit chaque instant totalement, en toute conscience, totalement « ouvert », de sorte que l’instant suivant n’est pas encombré de ce qui reste de l’instant précédant. Tout recevoir, tout abandonner, et par là tout renouveler. C’est le principe fondamental de la vie dans l’univers. A ce stade, ce n’est plus la conscience naturelle égocentrique qui opère, mais l’Etre, l’Essence, l’Esprit, la conscience originelle, le Christ dans l’homme. L’Eveillé , relié à cette source originelle, vit un savoir intérieur, il a acquis le pouvoir de discernement.

Il sait, par la force intérieure qui anime son âme, que rien ne subsiste dans le champ de vie terrestre, notre monde. Les valeurs les plus hautes de ce domaine n’échappent pas au mouvement vivant : apparaître, croître, et disparaître.

Il sait que la vie, c’est faire naître des myriades de formes, les transformer, les transmuter. Il sait que la souffrance naît de la volonté de maintenir, ce qui en réalité, est fugitif. Plus les principes sont fortement ancrés en l’homme, plus sa souffrance est aiguë. Il sait qu’il n’y a aucun abîme entre la Vie Originelle, Dieu, et l’humanité ; car il existe, au cœur de chacun, un point de rencontre, de jonction, un vestige, un cristal , un noyau d’origine spirituel. C’est par cette présence spirituelle latente dans le cœur que l’Eveillé apprend à vivre en sacrifiant son moi pour un renouvellement total de son être.

Pour terminer il convient de se demander comment cet état d’Eveil à la véritable Vie peut être maintenu, peut être permanent. Sur quelles bases l’Eveillé entretient-il sa liaison avec sa nature spirituelle essentielle et avec le courant de Vie originel ? Par des prières ? Des mantrams ? Des postures ? Des lectures ? Des méditations ? Et bien non ! Comment alors ?

En maintenant en permanence sa conscience sur l’instant présent, l’ici et maintenant, en restant constamment en relation avec « ce qui est ».

Par l’offrande totale de soi, une pratique de vie entièrement vouée au service des autres et de leur libération.

L’Eveillé ne l’est pas seulement pour lui-même, mais il devient un témoin et une lumière pour tous ceux qui cherchent la libération. Servir l’humanité, aimer chaque être, voir en l’autre les potentialités de son Etre essentiel et non son petit moi limité, sont les principes les plus nobles de l’Eveillé. Celui qui va son chemin au service des hommes, sur la base d’une telle conscience spirituelle, poussé par l’amour d’autrui, s’oublie lui-même. Ce n’est qu’en servant l’humanité et en respectant tous les règnes de la nature que l’état d’Eveil est maintenu.

Nombreux sont ceux qui aspirent à la libération, à l’état d’Eveil, mais aussi nombreux sont ceux qui se contentent d’y penser, où d’y aspirer. Combien ne voit-on pas de chercheurs admirer, voir idolâtrer des instructeurs spirituels de renom, sans imaginer un seul instant que le chemin n’est pas si difficile et si compliqué que cela, que la réalité spirituelle nous est « plus proche que nos pieds et nos mains » selon une expression chrétienne. Ce chemin de libération requiert au départ un revirement fondamental de l’être, un changement radical de point de vue : comprendre et accepter que le moi n’est qu’une illusion. Sur cette base, il est possible d’ouvrir entièrement son cœur et sa tête au « Tout Autre ». Cela ne demande pas des années d’études ou de pratiques. Si à l’instant même, vous oubliez tout votre passé et vos projection futures, si vous vous immergez tranquillement dans le moment présent et si vous êtes attentif à « ce qui est », si, dans cette disposition d’esprit, vous vous mettez au service des autres, alors vous portez déjà en vous la signature d’un Eveillé.

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